Arrestation au Kirghizstan de trois signataires d’une pétition pour des élections présidentielles anticipées

Photo du service de presse du ministère de l’Intérieur du Kirghizstan.

Au Kirghizstan, trois des soixante-quinze personnes ayant signé une pétition appelant à la tenue d’élections présidentielles anticipées dans le pays ont été arrêtées, a annoncé le service de presse du ministère de l’Intérieur de la république.

Les noms des personnes arrêtées ne sont pas communiqués. L’agence de presse AKIpress les a toutefois identifiées : il s’agit de Bekbolot Talgarbekov, coordinateur du « Parlement du peuple », ancien chef de cabinet du Premier ministre, de Emilebek Uzakbaev, ancien ambassadeur du Kirghizstan en Ouzbékistan, et de Kurmanbek Dyikanbaev, ancien représentant plénipotentiaire du président au Jogorku Kenesh (parlement).

Tous trois ont été arrêtés en vertu de l’article 278 (« Troubles publics ») du code pénal kirghize.

La pétition adressée au président et au président du parlement du pays a été rendue publique le 9 février. Elle contenait une demande d’initier sans délai la tenue de nouvelles élections du chef de l’État. Les auteurs estiment qu’après l’adoption de la nouvelle Constitution en 2021, une incertitude juridique est apparue concernant le mandat du chef de l’État actuel, élu selon les anciennes normes. Selon eux, des élections anticipées permettraient d’éviter les controverses et les interprétations divergentes. Dans la lettre, les signataires ont souligné les réalisations du pouvoir actuel : la résolution des questions frontalières, la lutte contre la corruption, le renforcement de l’armée et les progrès sociaux, mais ont également pointé des problèmes tels que l’augmentation de la dette publique, l’inflation et l’exode de la population. La pétition a été signée par des universitaires, d’anciens Premiers ministres, d’anciens députés et des personnalités publiques.

« Certaines déclarations contenues dans cette pétition ont suscité un large écho dans la société et ont exacerbé la situation socio-politique dans le pays », a déclaré le ministère de l’Intérieur.

Le lendemain, le 10 février, le président Sadyr Japarov a révoqué Kamtchybek Tachiev de ses fonctions de vice-Premier ministre et de chef du Comité national de sécurité de l’État (CNSE). Il a expliqué sa décision par la volonté de « afin d’éviter une division de la société, notamment entre les structures étatiques, et renforcer l’unité de la nation ». Il a précisé plus tard qu’en parlant de ne pas permettre une division, il ne faisait pas référence au général Tachiev.

« Il s’agit de personnes comme Bekbolot Talgarbekov, Emirbek Ouzakbaev et d’autres qui, en utilisant le nom de Kamtchybek Tachiev, ont contacté toutes sortes de personnes – des députés aux personnalités publiques et aux représentants de l’intelligentsia – et les ont poussées à diverses actions, en disant : “Passez du côté du général, signez ceci, faisons ceci, faisons cela”, etc. », a expliqué M. Japarov.